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Vêtement
Une industrie qui veut rester en vie
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Caroline Rodgers, collaboration spéciale
La Presse
«Au Québec, il n'y a pas une seule industrie manufacturière qui est venue plus près de mourir que l'industrie du vêtement, dit Jean Rivard, directeur général du Conseil des ressources humaines de l'industrie du vêtement. Mais depuis un an, ça a repris sérieusement.»
Il fut une époque - lointaine où le vêtement constituait l'industrie manufacturière la plus importante à Montréal.
Dans les années 30, la «grappe» vestimentaire, c'est-à-dire la confection de vêtements, chapeaux, chaussures, fourrures et cuirs, à laquelle se greffaient des industries connexes comme le textile, fournissait quelque 40 000 emplois manufacturiers.
Elle est restée la principale activité manufacturière jusqu'aux années 90, avec un sommet de 72 000 emplois dans les années 80. Il n'en reste qu'environ 20 000 dans la fabrication traditionnelle. Que s'est-il passé?
D'une part, l'économie montréalaise a évolué vers les services et vers des secteurs manufacturiers à plus haute valeur ajoutée.
Puis, entre 2003 et 2006, les quotas d'exportation de pays comme la Chine, l'Inde et le Bangladesh sont tombés. Le coup de grâce?
Presque. À la fin des quotas, les importations de vêtements ont augmenté de 1800% dès la première année. Aux États-Unis, elles ont augmenté de 2800% dans certaines catégories de vêtements. Le prix des vêtements a baissé d'environ 12%.
«Avant l'abolition des quotas, l'industrie canadienne devenait le seul joueur à partir de la mi-année, les importateurs ayant rempli leurs quotas, dit Jean Rivard. Mais cette situation n'était pas propice à l'innovation et à la création, ni à la compétitivité pour notre industrie.»
Se réinventer
Pour survivre, l'industrie a été obligée de se réinventer, et de trouver de nouveaux modèles d'affaires. Ceux-ci passent par l'import-export et l'intégration verticale, et ils offrent des emplois à plus haute valeur ajoutée, demandant des connaissances plus poussées.
«Ce n'est plus la fabrication qui est au centre de l'industrie du vêtement, dit Jean Rivard. On est passé d'une industrie de l'aiguille à une industrie du savoir, avec des diplômés en design, en commercialisation, en marketing, en logistique et en gestion. Ils ont des compétences techniques plutôt que manuelles.»
Ceux-ci travaillent dans deux secteurs de l'industrie qui connaissent une forte croissance. D'un côté, il y a les groupes d'importateurs-exportateurs, qui ont beaucoup d'opérations ici, par exemple sur le plan de la logistique et du design.
«Ils constituent le segment qui connaît la plus forte croissance, dit M. Rivard. Ce sont des gens qui importent des vêtements et les revendent aux détaillants, et gèrent la fabrication de marques privées pour les grandes chaînes comme La Baie ou Zellers. Ils font faire la plus grande partie de leurs vêtements à l'étranger. Cela donne naissance à des activités de finition ici, comme des retouches pour corriger certaines erreurs sur les vêtements importés.»
L'autre segment en pleine croissance est celui des détaillants intégrés verticalement, comme Le Château, lululemon ou Jacob.
«Ils font de la gestion de production. Ce sont de grands donneurs d'ordres, qui ont beaucoup d'employés dont les activités n'ont rien à voir avec les opérations de vente au détail de leurs magasins. Ces employés gèrent des processus propres à l'industrie du vêtement. Ils font faire leurs vêtements en partie ici, et en partie ailleurs.»
Sauver la fabrication
Même si la fabrication traditionnelle n'est plus ce qu'elle a été, on doit absolument garder une production locale, disent tous les intervenants.
Avec les pertes d'emplois et le vieillissement de la main-d'oeuvre, on est en train de perdre une expertise essentielle pour que l'industrie de la mode montréalaise puisse prospérer.
Changer les modèles traditionnels, secouer les vieilles habitudes de l'industrie et établir un lien entre manufacturiers et créateurs, c'est le défi de l'organisme Montréal Couture, qui a été créé pour apporter des solutions aux problèmes reliés à la production locale.
L'industrie de la mode
> 72% du PIB de l'industrie du vêtement au Québec (1,3 G $)
> 81% des exportations de l'industrie du vêtement au Québec (766,4 M$)
> 75% des emplois dans l'industrie du vêtement sont situés à Montréal
> 66% des établissements manufacturiers du Québec sont montréalais.
> L'un des trois plus grands centres de production en Amérique du Nord avec Los Angeles et New York
Source : Ville de Montréal
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