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Mécanismes de gestion

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  • Claude Picher

    La Presse

(Montréal) Le maire Tremblay dira ce qu'il voudra, mais il n'y a aucun doute: le rapport du vérificateur général sur l'installation des compteurs d'eau est accablant pour l'administration municipale. Au moins peut-on apprécier qu'il ait décidé de mettre le contrat à la poubelle, même si cela coûtera une couple de millions aux contribuables.

Le rapport du vérificateur dresse, entre autres choses, un historique assez hallucinant de toute cette affaire pour en arriver à la constatation que les contribuables montréalais étaient carrément en train de se faire avoir.

Le contrat accordé au départ était de 312 millions (356 millions en incluant les taxes). Mais le vérificateur a calculé qu'en tenant compte de tous les coûts (je vous épargne les détails techniques), il faudrait plutôt parler de 600 millions, au moins. Cela fait 1469$ le compteur.

C'est beaucoup trop.

Cet été, mon collègue André Noël a obtenu et publié dans La Presse une liste des prix payés par diverses municipalités pour des compteurs d'eau. Les prix varient selon la complexité des contrats, mais dans tous les cas, ils n'ont aucune commune mesure avec les 1469$ que s'apprêtait à payer l'administration Tremblay. Voyons plutôt: à Laval, chaque compteur a coûté 157$ aux contribuables; à Saint-Laurent (où les compteurs ont été installés avant les fusions municipales), 261$; à Lac-Mégantic, 295$; à Toronto, 447$. Tous ces prix concernent des compteurs de dimensions identiques.

Certes, comme le reconnaît le vérificateur, les compteurs peuvent entraîner des économies, notamment en ce qui concerne la production d'eau et les coûts d'épuration. Au total, ces économies représenteraient près de 20 millions par année. «Pouvons-nous, écrit le vérificateur, économiquement justifier des dépenses de plus de 600 millions sur 25 ans, qui peuvent être encore plus élevées, pour réaliser des économies de 19,8 millions annuellement?» Poser la question, c'est y répondre.

Il est une petite phrase, dans le rapport de 170 pages, qui apporte finalement une piste de solution: «La Ville doit développer les mécanismes de gestion pour mieux contrôler le coût des travaux d'infrastructures.»

On aurait pu se contenter de dire «pour mieux contrôler les coûts», point.

Tout est là.

Aucune entreprise privée, y compris celles qui font affaire avec les administrations publiques, ne pourrait survivre sans des mécanismes de gestion rigoureux.

Toutes les entreprises de moindre importance ont un contrôleur financier. Son job est de suivre à la trace les revenus et les dépenses de l'entreprise, de trouver le meilleur financement aux meilleures conditions possibles, de voir à ce que les frais de voyage et de représentation soient légitimes et accompagnés de pièces justificatives, de s'assurer que les comptes recevables soient dûment perçus, que les fournisseurs soient payés à temps.

Toutes les entreprises de moindre importance ont un approvisionneur (mieux connu comme «acheteur»), qui est responsable de négocier les meilleurs prix sur le marché pour les fournitures, accessoires, équipements et outillages de l'entreprise.

Toutes les entreprises de moindre importance ont un responsable des ressources humaines. Son job est de recruter les candidats qui correspondent le mieux aux besoins de l'entreprise, négocier les salaires et avantages sociaux, émettre et faire appliquer les règlements internes, congédier les incompétents et les fraudeurs.

Tous ces cadres servent à faire fonctionner les mécanismes de gestion. Tous (qui ont souvent le titre de vice-président et rendent donc des comptes directement à la haute direction) ont des obligations de résultats, sans quoi ils risquent une rétrogradation, ou même de se retrouver à la rue. Avec raison: si la gestion de l'entreprise est inefficace, elle court droit à la faillite, c'est aussi simple que cela.

Évidemment, les administrations publiques, y compris la Ville de Montréal, ont aussi des fonctionnaires responsables des approvisionnements, des finances, des ressources humaines. Dans le dossier des compteurs, certains de ces cadres ont même tenté d'attirer l'attention de l'administration.

Il est assez facile de blâmer le maire Tremblay et effectivement, un tel scandale (pour ne nommer que celui-là) ne se serait sans doute jamais produit si, pour poursuivre la comparaison avec l'entreprise privée, le "président de la compagnie" avait été plus vigilant. Mais au-delà des faiblesses du maire et du dossier des compteurs, le rapport du vérificateur fait clairement ressortir, page après page, la faiblesse des mécanismes de gestion de la Ville. Ce sont tous les contribuables montréalais qui en font les frais.

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