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Le rattrapage québécois... et ses faiblesses

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  • Claude Picher

    La Presse

(Montréal) Depuis quelque temps, lorsque Statistique Canada publie les résultats de son enquête mensuelle sur la population active, il se passe quelque chose qu'on n'aurait jamais cru possible: le taux de chômage en Ontario est maintenant systématiquement supérieur à celui du Québec. Selon les derniers chiffres, 9,6% en Ontario, contre 8,8% au Québec.

Bien sûr, cette situation exceptionnelle est attribuable aux déboires de l'industrie automobile nord-américaine, dont l'importante production au Canada est essentiellement concentrée dans la province voisine.

Le taux de chômage est un indicateur économique précieux, mais ce n'est pas le seul.

Un autre outil qui permet de mesurer le niveau de prospérité d'une société est le revenu personnel disponible par habitant. Or, les données les plus récentes de l'Institut de la statistique du Québec, incluant les prévisions pour 2009, montrent que les Québécois, à ce chapitre, s'enrichissent plus rapidement que les Ontariens depuis une dizaine d'années.

Le revenu personnel disponible inclut les revenus de toutes sources: salaires, pensions, revenus de location, intérêts et autres revenus de placement, prestations sociales, moins les taxes, les impôts et les cotisations sociales.

Depuis 2000, année après année (à une seule exception près, en 2006), la croissance du revenu personnel disponible, au Québec, a toujours été au moins égale, et la plupart du temps supérieure, à celle de l'Ontario.

Certes, les Ontariens demeurent plus riches que les Québécois, mais l'écart s'amenuise avec le temps. Voyons plutôt:

Entre 2000 et 2009, le revenu personnel disponible par habitant est passé de 22 705 à 28 488$ en Ontario, une hausse de 25%. Les chiffres correspondants pour le Québec sont de 18 915 et 25 408$, une augmentation de 34%. Les montants sont exprimés en dollars courants, c'est-à-dire qu'ils ne tiennent pas compte de l'inflation.

Résultat: en 2000, le revenu disponible de chaque Québécois se situait en moyenne à 83% du niveau ontarien. Aujourd'hui, cette proportion atteint 89%.

Le rattrapage est donc bien réel. On pourrait même être tenté de faire une audacieuse projection: à ce rythme, les Québécois seront plus riches que les Ontariens en 2022!

Il faut se garder de pavoiser. Les choses risquent de ne pas être aussi roses, pour quatre raisons.

Il faudrait d'abord que la croissance du revenu disponible au Québec continue de dépasser largement celle de l'Ontario sans interruption pendant 13 ans. C'est loin d'être certain. Déjà, les prévisions avancées du Conference Board laissent entrevoir que l'Ontario reprendra l'avantage dès 2010, avec une croissance du revenu disponible par habitant de 2,7%, contre 2,1% pour le Québec.

D'autre part, le rattrapage du Québec est en grande partie artificiel. En 2003, les Ontariens ont élu le gouvernement libéral de Dalton McGuinty. La même année, les Québécois ont élu les libéraux de Jean Charest. Les deux premiers ministres ont donc été au pouvoir pendant la plus grande partie de la période étudiée.

Or, le gouvernement McGuinty s'est signalé, entre autres choses, pour ses hausses d'impôts, qui ont évidemment pour effet de réduire le revenu personnel disponible. Pendant la même période, le gouvernement Charest a annoncé d'importantes baisses d'impôts, augmentant d'autant le revenu personnel disponible des Québécois.

Le rattrapage des Québécois n'est donc pas tant attribuable au dynamisme propre de l'économie québécoise qu'aux politiques fiscales des deux gouvernements provinciaux.

Troisièmement, si la croissance du revenu disponible par habitant est plus forte au Québec, c'est en partie parce que sa croissance démographique est plus faible. Moins de personnes pour se partager la croissance des revenus, cela fait forcément un peu plus d'argent dans les poches de chacun. C'est un avantage largement annulé par les inconvénients d'une croissance démographique anémique.

Enfin, si l'écart des revenus s'est rétréci entre le Québec et l'Ontario, la situation devient beaucoup moins rassurante si on compare le Québec au reste du Canada.

Toujours entre 2000 et 2009, le revenu personnel disponible par habitant a augmenté de 38% au Manitoba, 40% dans les provinces de l'Atlantique, 41% en Colombie-Britannique, 57% en Saskatchewan et 66% en Alberta. Toutes des performances qui dépassent celle du Québec, et qui ont pour résultat de propulser la moyenne, dans le reste du Canada (y compris l'Ontario), à 37%.

 

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