Le S&P 500 est-il sous-évalué?

François Rochon

Le ratio cours/bénéfice moyen des entreprises du fonds négocié en Bourse iShares XSP est de 29,2. Je comprends mal que vous trouviez que le S&P 500 soit une aubaine dans la situation économique actuelle? Pouvez-vous m'expliquer? - Jean-Paul Careau, Québec

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Voilà une bien intéressante question qui fait beaucoup couler d'encre (surtout virtuelle maintenant) dans les divers médias. Le marché est-il une aubaine ou non? La réponse est oui et sans l'ombre d'un doute. Évidemment, c'est dans l'optique d'avoir un horizon à long terme (mais comme j'ai écrit souvent, il est de mon humble avis que ceux qui veulent faire de l'argent rapidement en Bourse se retrouvent souvent avec le résultat inverse).

La valeur d'une action - et par ricochet d'un groupe de 500 actions composant un indice - est la somme des futurs profits de la compagnie sous-jacente escomptée à une valeur actuelle. Cela veut dire que ce ne sont pas les profits d'une année qui compte mais la somme des profits futurs. Parfois les profits d'une année représentent un juste reflet de la capacité bénéficiaire de l'entreprise. Mais dans les récessions (ou dans les très bonnes périodes économiques), il faut être prudent d'extrapoler la profitabilité du moment dans le futur car cela peut être fort trompeur.

Nous sommes dans une forte récession en ce moment et les profits des entreprises dans leur ensemble sont en forte baisse. Les analystes financiers qui ne s'en tiennent qu'aux profits actuels pour évaluer les entreprises manquent - à mon avis - de perspectives historiques et économiques. Ce n'est pas parce qu'une compagnie solide et dominante réalise des profits temporairement en baisse de 40%, que sa valeur intrinsèque est nécessairement 40% plus basse.

Dans le cas du S&P 500, les profits «peak» du dernier cycle étaient de 87 en 2006. Pour 2009, les analystes prévoient environ 54, donc en baisse de 38% par rapport à 2006. Cela ne veut pas dire que les entreprises du S&P 500 dans leur ensemble valent 38% de moins qu'en 2006. En fait, la réalité est toute autre. Sur une longue période, les entreprises augmentent leurs profits par action d'environ 7% par année. Ce qui est logique dans une économie qui croit de 3 à 4% en terme réel et avec une inflation de 3% par année.

Si on regarde les chiffres de profits historiques pour le S&P 500, on voit qu'ils suivent cette tendance :

 

Année   Profits

1961    3

1968    6

1978    12

1988    25

1998    45

2006    87

Ainsi, de 1968 à 2006 le S&P 500 est passé de 90 à 1350 pour une seule raison: les profits des entreprises qui le composent ont été multipliés par 15. Tout simplement.

Ainsi, grosso-modo, à chaque cycle de 10 ans, les profits des entreprises doublent. Dans cette optique, on pourrait croire quand d'ici 2016, les profits du S&P 500 toucheraient 174. Mais disons qu'en 2006, les profits étaient légèrement amplifiés par des profits «artificiels» (à défaut d'un meilleur mot) de certaines institutions financières et que la réelle capacité bénéficiaire du précédent cycle était de 14% de moins soit 75. De plus, il n'est pas illogique de considérer quand dans une récession, on peut tenir compte des profits que je qualifierais de normalisés, c'est-à-dire ajustés selon une tendance à long terme de croissance de 7% des profits. En faisant cela, on arrive à des profits normalisés d'autour de 90 en 2009. Ainsi, au niveau actuel de 940, le S&P 500 serait à environ 10 à 11 fois ces profits.

Si on regarde plus loin dans le futur, vers 2016, on serait en droit de s'attendre que les entreprises du S&P 500 réalisent environ 150 de profits, soit le double du niveau ajusté du dernier cycle. En capitalisant ces profits à un P/E de 15 fois (ce qui est conservateur considérant que les taux d'intérêts à long terme sont de 4.66% à l'heure actuelle), cela donne une cible de 2250 pour le S&P 500 dans 7 ans.

C'est donc dire qu'à partir du niveau actuel, le S&P 500 générerait un rendement annuel de 13% d'ici 2016. À cet accroissement des cours, il faut ajouter le rendement en dividendes qui est de 3% en ce moment. Ce qui donne un rendement annuel de 16% d'ici 2016.

Ainsi, tant dans le niveau de son P/E ajusté que dans son potentiel d'appréciation futur, je crois que le S&P 500 est sous-évalué à son cours actuel.

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