La loi «anti-scabs» devait rétablir l'équilibre, dit Bernard Landry
Photo Jean Goupil, archives La Presse
Bernard Landry était dans le cabinet de René Lévesque au moment de l'adoption de la loi anti-briseurs de grève.
«Ce qui a changé la donne aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de piquet de grève physique, dit M. Landry. Ça se passe par l'électronique. Alors c'est vrai que l'esprit de la loi, dans ce nouveau contexte technologique, n'est pas respecté.»
En mai 1975, les travailleurs de la United Aircraft, devenue Pratt&Whitney, sont en grève depuis 20 mois. Épuisés, plusieurs employés franchissent le piquet de grève pour retourner à leur poste.
Cette pratique est courante à l'époque, relate M. Landry. Mais ce conflit va obliger le gouvernement à intervenir.
«Ça créait souvent de la violence sur les piquets de grève, se souvient-il. Quand les gars arrivaient pour travailler, la tension montait et pas à peu près. Mais là, ç'avait été dramatique.»
Pour déloger leurs collègues, devenus briseurs de grève, une trentaine de grévistes s'entassent à bord d'un camion, et fracassent la clôture qui protège l'usine de Longueuil.
Les grévistes vandalisent des voitures à coups de bâtons de baseball. Les policiers qui tentent de les disperser avec du gaz lacrymogène sont attaqués à leur tour. Il n'y a pas de mort, mais plusieurs personnes sont blessées pendant l'affrontement.
Deux ans plus tard, le gouvernement de René Lévesque adopte une refonte en règle du Code du travail. Le ministre du Travail de l'époque, Pierre Marc Johnson, introduit des clauses qui interdisent le recours aux travailleurs de remplacement dans un établissement en grève ou en lock-out. Il impose également la formule Rand, qui oblige les employeurs à prélever les cotisations syndicales à même le chèque des travailleurs.
L'objectif était de mettre un frein à la violence, dit M. Landry, mais ce n'est pas tout. Le gouvernement souhaitait aussi créer un équilibre entre employeurs et employés en cas de conflit de travail.
«Le droit de grève, pour qu'il ait un sens, il faut que ça pénalise l'entreprise», a-t-il indiqué.
Pierre Marc Johnson a refusé notre demande d'entrevue. Son directeur de cabinet à l'époque, l'actuel ministre des Finances Raymond Bachand, n'a pu être joint hier.
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