Moins de pauvres au Québec

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Les visages de la crise

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Les entreprises, petites ou grosses, les épargnants, partout à travers la planète, la crise économique sévit. »

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Moins de pauvres au Québec

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Photo: Ivanoh Demers, La Presse

La lutte à la pauvreté est un vieux combat dont les résultats sont souvent décourageants. Mais au cours de la dernière décennie, le nombre de personnes considérées comme pauvres a diminué de façon spectaculaire au Québec. De 1997 à 2008, la baisse atteint 40%.

Le Québec compte moins de pauvres, moins de chômeurs et moins d'assistés sociaux, principalement en raison de la longue période de prospérité économique qu'il a connue depuis près de 15 ans.

À l'exception de trois légers ralentissements, la croissance économique a été au rendez-vous chaque année entre 1992 et 2008. Les emplois aussi, ce qui ne va pas nécessairement de pair. Il y a des périodes de croissance qui s'accompagnent de très peu de création d'emplois. Mais en 2008, il y avait 20 % plus d'emplois au Québec que dix ans auparavant.

La croissance économique a-t-elle fini par vaincre la pauvreté ? Les disciples d'Adam Smith et de la «main invisible» du marché le croient fermement. Selon la théorie développée par l'économiste anglais au 18e siècle, tout individu qui travaille à son enrichissement personnel finit par enrichir la collectivité. L'intervention de l'État n'est donc pas nécessaire puisque les forces du marché (la main invisible) se chargent de redistribuer la richesse.

«Le marché a fait sa job», convient Pierre Fortin, économiste et professeur qui s'intéresse depuis longtemps aux moyens de vaincre la pauvreté.

Le marché a fait sa part du chemin, selon lui, mais pas tout le chemin. «Lorsque l'économie croît, les Québécois partagent volontiers», constate-t-il.

Ainsi, au cours des dernières années, la couverture sociale s'est épaissie et protège mieux les moins nantis.  L'assurance-médicament, les garderies d'abord à 5$ par jour, puis à 7$, les congés parentaux, sont des exemples de mesures sociales qui ont contribué à réduire la pauvreté.

L'impact de ces mesures a été particulièrement remarquable chez les femmes monoparentales, plus touchées par la pauvreté, qui ont pu intégrer le marché du travail. «Le taux d'emploi chez les femmes a beaucoup augmenté, et on a en sorti un paquet de la pauvreté», souligne Jean-Michel Cousineau, professeur à l'École des relations industrielles de l'Université de Montréal et spécialiste de la mesure de la pauvreté.

Comme Pierre Fortin et Jean-Michel Cousineau, Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins, croit que la croissance économique n'est pas la seule cause de la diminution de la pauvreté. «Le marché ne peut pas tout faire. Les congés parentaux, les garderies à 7$, pour des gens qui travaillent au salaire minimum, ça peut faire la différence et les faire passer au-dessus du seuil de faible revenu», dit-elle.

L'augmentation du salaire minimum a aussi contribué à réduire la pauvreté. De 7$ l'heure en 2001, le salaire minimum a augmenté à 8 $ l'heure en 2007, et à 9$ l'heure en 2009.  En même temps, le nombre d'employés qui doivent se contenter du salaire minimum a décru de 7% à 5,4% du nombre total de travailleurs. Selon Pierre Fortin, le pouvoir d'achat du salaire minimum québécois est maintenant un des plus élevés en Amérique du Nord.

L'économiste de Desjardins est d'accord. «Le salaire minimum n'est pas une panacée à la pauvreté, mais dans certaines circonstances, elle peut, en conjonction avec des mesures d'appui comme les crédits d'impôt sur la TPS et la TVQ, le remboursement d'impôts fonciers et la prime au travail, faire la différence entre la dépendance et l'autonomie», affirme Joëlle Noreau.

On a longtemps cru qu'il suffisait de créer de la richesse pour éliminer la pauvreté, rappelle Jean-Michel Cousineau. «Le temps où on croyait qu'il suffisait que la marée monte pour que tous les bateaux flottent est bel et bien révolu», dit-il.

La croissance économique est un ingrédient indispensable de la recette anti-pauvreté, mais dans quelle mesure ? Jean-Michel Cousineau s'est penché sur cette question. Il a estimé que la croissance économique est responsable d'un peu moins de 60% de la diminution de la pauvreté et que l'autre partie, soit un peu plus de 40%, s'explique par les investissements sociaux.

Le couple État-marché est peut-être bancal, mais il est devenu indissociable dans la lutte pour contrer la pauvreté. On devrait en avoir une autre preuve dans les statistiques à venir, qui refléteront la détérioration des conditions économiques. Le niveau de pauvreté des familles québécoises, qui avait atteint l'an dernier un bas historique, se mettront à remonter, prévoit Pierre Fortin.

L'effet de la conjoncture se fera sentir et le nombre de pauvres devrait augmenter, croit lui aussi Jean-Michel Cousineau. Mais le spécialiste estime que la lutte à la pauvreté a donné des résultats permanents. «Il y a des gains réels qui devraient rester», avance-t-il.

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Commentaires (3)

  • Un combat à continuer.
    Tout en se réjouissant de ces progrès, il est important de ne pas perdre de vue qu'une personne seule gagnant le salaire minimum est astreinte à un mode de vie qui tient de l'ascétisme. Une fois le loyer, la passe mensuelle pour le transport en commun et l'hydro payés, que reste-t-il dans la poche de cette personne afin qu'elle puisse mener une vie que nous pourrions qualifier de "normale"? Très très peu, sans doute. Quand je me fais solliciter par une fondation privée afin que les enfants pauvres (qui arrivent à l'école le ventre creux, nous dit la publicité) puissent recevoir un repas gratuit à l'école, je me dis que nous avons beaucoup de chemin à faire. C'est tout simplement scandaleux que nous laissions le soin à des organismes de charité de colmater les brèches de notre filet de sécurité social. Nous devrions avoir honte. Il faut prendre le problème de la pauvreté plus au sérieux et exiger que l'État le combatte avec davantage de vigueur.

  • Pour illustrer le contenu de l'article, il y a ce triste monsieur qui se prommène avec son sac de plastique. Que penser de cet incontournable économiste (?), Pierre Fortin, qui se promène toujours avec sa grosse poutre dans l'oeil ? Il y a certes moins de BS et de chômeurs, en raison de la "création" fulgurante de jobbinettes précaires, temporaires, subventionnées, à mi-temps et souspayées depuis 20 ans. En fait, non seulement la pauvreté touche plus de gens, mais l'écart entre riches et pauvres augmente en nos murs. M.Fortin ne connaît que ses données plus ou moins fiables de StatCan et du Bureau de la Stat du Québec. Il devrait mieux connaître le terrain... Pour un, j'ai récemment quitté le BS pour retourner sur le marché du travail. Je suis guide, chauffeur ou chauffeur-guide dans le monde du tourisme. Par rapport à 2008, j'ai subi une baisse de salaire de 20%, et les commissions sur les activités clients ont chuté de 17%. Le manque à gagner a été détourné vers les poches des proprios d'agences de voyages... Au Québec, on ne fait qu'étaler la pauvreté, et l'accentuer. J'ai bel et bien contribué à gonfler les belles stats de M.Fortin avec cet emploi "créé" cette-saison-ci, assorti d'un salaire de misère... Avec ses Picher, Fortin, etc, La Presse continue lucidement (!) à endormir le monde, et à faire accepter incidieusement la culture voulant "qu'on soit toujours né pour un p'tit pain", malgré un faux enrichissement collectif, et un enrichissement certain pour quelques uns. J'espère que le vieux monsieur au dos courbé s'est vu offrir un cachet, pour avoir aidé La Presse à mieux "vendre" son journal... Michel Bédard, Fierté Montréal, en route pour la mairie en 2013.

  • MOINS DE PAUVRETÉ ?

    Il y a lieu d?en douter. Votre démonstration n?est pas claire ; et l?économiste que vous citez, qui a déjà signé un rapport sur la sécurité du revenu au Québec, est le moins crédible des hommes sur cette question. Avez-vous déjà lu ce rapport ?
    Pourquoi environ 40 p. cent de citoyens ne paient pas d?impôt ? Tous des fraudeurs ? Non.
    C?est un signe tangible de la pauvreté. Puis il y a le crédit non-officiel, celui des parents, des amis, et celui plus dangereux des ?shylocks?.

    La pauvreté ne diminue pas, elle augmente, comme les loyers : regarder dans la rue : des mendiants partout. Il y en a beaucoup autour de l?uquam. Si Fortin ne les voit pas, là où il travaille, c?est parce qu?il aborde la question avec des formules mathématiques abstraites et des statistiques incomplètes. Dire que le ? marché a fait sa job ? c?est de l?animisme. C?est aussi la preuve qu?on peut avoir un gros diplôme, enseigner à l?université et ne pas avoir de jugement. C?est ce même économiste qui venait à la t.v., le printemps dernier, cautionner les mystérieux déboires de la Caisse, répétant qu?il fallait croire ce que disent les dirigeants.

    Il serait temps de constater que les économistes sont les charlatans patentés de notre temps.
    L?économie politique n?est pas une science exacte ; et les statistiques fondées sur une théorie des probabilités non plus. Les 2 disciplines combinées servent plutôt à masquer qu?à démasquer. Churchill disait que les statistiques n?étaient que la magie des moyennes.

    EN MOYENNE MOINS DE PAUVRETÉ MOYENNE??

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