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Monique Jérôme-Forget: la ministre sans réserve

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Monique Jérôme-Forget: la ministre sans réserve

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Photo: Robert Skinner, La Presse

Monique Jérôme-Forget

  • Stéphane Paquet

    La Presse

Le lendemain de la présentation de son dernier budget, Monique Jérôme-Forget a discuté de ses réalisations pendant plus d'une heure avec Stéphane Paquet. Nous reproduisons le texte publié le samedi, 21 mars.

C'est un des effets très indirects du troisième budget de Monique Jérôme-Forget, déposé jeudi: la ministre pourra augmenter sa collection de napperons.

C'est un secret bien gardé, mais, depuis qu'elle est ministre, elle découpe les nombreuses caricatures qui la dépeignent tantôt en Dame de fer, tantôt en apôtre des partenariats public-privé. Elle les fait ensuite plastifier et les transforme en napperons. Les oeuvres de Chapleau et de ses confrères viennent ainsi orner la table de madame la ministre.

«Quand je reçois mes amis, je leur mets un napperon. Ils sont tous différents. Puis là, ça commence à rire, puis ils se les échangent.»

Assise à son bureau montréalais hier matin, Monique Jérôme-Forget enfile les entrevues. En 24 heures, elle en aura accordé une vingtaine, en plus d'une conférence devant la chambre de commerce hier midi, suivie d'une conférence de presse. La veille, elle était rentrée de Québec à 22h, un peu fatiguée, reconnaît-elle. Un état rare chez elle.

En entretien téléphonique avec Frédéric Nicoloff de Radio-Canada, elle roule les yeux et fait un sourire en coin au représentant de La Presse. À sa réponse, on comprend que la question touchait à son avenir, elle qui ne prend plus la peine de démentir les rumeurs voulant que ce budget soit son testament politique. «À mon âge, dit-elle sur les ondes publiques comme elle nous l'avait dit plus tôt, peut-être qu'il va falloir que je passe à autre chose un jour.»

Avec nous, elle comparera les hôpitaux du Québec à ceux du Bangladesh, tout en revenant sur sa célèbre sacoche de 2,3 milliards, qu'elle a dû cacher à des collègues dépensiers.

Plus globalement, sur la pertinence de son budget, elle cite l'économiste John Maynard Keynes comme le faisait Bernard Landry: «En récession, vous intervenez.» Mais elle prend soin d'ajouter que l'État doit se retirer quand l'économie reprend. Son successeur ou elle auront des choix difficiles à faire.

Voici donc un condensé d'un entretien avec une ministre au franc-parler, une ministre sans réserve.

Q: Quel message voulez-vous que les gens retiennent de votre budget?

R: Je veux qu'ils se rappellent que l'État a un rôle à jouer à l'occasion dans l'économie. Et c'est la raison pour laquelle on arrive avec un déficit de 3,9 milliards, et de 3,8 milliards l'an prochain. La raison principale est que la situation actuelle est telle que les gouvernements doivent dire: Présents! La théorie de Keynes doit s'appliquer maintenant. En récession, vous intervenez. Après ça, vous vous serrez la ceinture comme gouvernement. C'est la raison pour laquelle j'ai retardé à 2011 la hausse de la TVQ de même que l'indexation des tarifs - pour être sûre que la récession sera terminée. Il y en a qui disent que ce sera fini en 2010; moi, je suis allée jusqu'en 2011.

Q: Prudente... mais on peut aussi dire que vous êtes optimiste quand vous prévoyez un recul de 1,2% du PIB cette année. Desjardins prévoit maintenant une baisse de 2,2%.

R: Je ne suis jamais optimiste dans mes prévisions. C'est clair que ça change de jour en jour. Le Québec a fait 0,8% (de croissance en 2008) alors que Desjardins nous avait dit qu'on serait en récession. Alors, j'estime que Desjardins, parfois, ils sont un peu «catastrophe» dans leurs prévisions.

Il y en a d'autres qui sont plus optimistes. RBC vient de sortir et ils nous mettent à -0,5%. Ce pour quoi je fais le -1,2%, c'est qu'on investit massivement dans l'économie. Pour les deux prochaines années, c'est plus de 15 milliards de dollars si on inclut Hydro-Québec. Ça, c'est 100 000 emplois. On a agi vite.

Q: Il y avait eu le viaduc de la Concorde à Laval...

R : Très sincèrement, le programme d'infrastructures, je l'avais fait avec Luc Meunier (alors secrétaire du Conseil du Trésor) bien avant que le pont de la Concorde tombe. On l'avait commencé, il fallait le planifier. Imaginez-vous, j'allais passer une loi imposant aux politiciens d'investir tant par année et de faire rapport parce que 80% (des travaux) doivent être de la rénovation.

Je suis allée attacher les mains de tout le monde pour les 15 prochaines années parce que moi, j'ai honte de nos infrastructures.

Quand on atterrit à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, puis qu'on passe dans le tunnel, c'est épouvantable ce dont ça a l'air. Quand on entre dans les hôpitaux, puis qu'on entre dans les ascenseurs, on se penserait au Bangladesh. Des toits d'écoles qui coulent, j'ai dit non, ça, c'est fini.

Mais les hommes et les femmes politiques, ce qu'ils aiment, c'est couper des rubans.

Q : Pourquoi ne pas avoir haussé la TVQ au moment où le fédéral baissait sa TPS?

R : Une chance qu'on ne l'a pas fait. Parce que je peux vous garantir une chose: l'argent serait dépensé. Est-ce que vous croyez un instant que mes collègues auraient laissé dormir deux autres milliards de dollars? Ça a été la croix et la bannière pour garder mon 2,3 milliards dans ma sacoche. Tout le monde voulait avoir cette sacoche-là. Je l'ai gardée, c'est ce qui m'a permis de balancer 2008. (Le Québec est) la seule province au Canada qui balance en 2008.

Avoir eu deux milliards de plus, ça aurait été flambé comme ça. Parce que les ministres, ce n'est pas qu'ils sont méchants, mais ils ont des clientèles qui demandent.

Q : Je reviens en 2003, quand Jean Charest a pris le pouvoir. Les partenariats public-privé, dont vous êtes responsable, devaient révolutionner bien des choses, ce qu'ils n'ont pas fait. On devait réduire le nombre de sociétés d'État, le gouvernement en a créé...

R : Attention, c'est correct d'en créer aussi. Mais on en a éliminé.

Q : Pas beaucoup...

R : Pas beaucoup, mais on en a éliminé. Il fallait que quelqu'un les regarde. Il y a beaucoup de discours, là-dedans, qui est très démagogique. Au niveau des PPP, on a les deux plus gros hôpitaux universitaires en PPP. Ce pour quoi ça retarde au CHUM, ce n'est pas à cause des PPP. C'est à cause du plan fonctionnel et technique où les médecins ne s'entendent pas sur le nombre de chambres ou de salles d'opération.

(...) Là, j'ai tous les ingénieurs qui sont contre. Savez-vous pourquoi? Parce que là, ils sont obligés d'assumer le risque et de le gérer. Actuellement, si vous dépassez de 100 millions, ce n'est pas grave: c'est le gouvernement qui paie. Même les ministres ne s'en rendent pas compte.

Q : On va payer 9,4 milliards d'intérêt sur la dette en 2013-2014. Quand est-ce que ce sera trop?

R : C'est beaucoup. Est-ce qu'on doit faire comme les Français et payer pour nos routes? Il va falloir se poser la question. Les Français, eux, ils ont de belles routes et ça marche. Mais ils ont des péages.

Est-ce qu'il va falloir en venir à ça? Moi, je ne peux pas le dire. Est-ce que c'est une avenue? Est-ce que les gens vont être d'accord pour couper dans les services?

Q : Ou encore imposer un ticket modérateur en santé?

R : Le ticket modérateur, il faut qu'il soit suffisamment élevé pour qu'il vaille la peine. Les Suédois, eux, ont mis 25$ il y a à peu près 15 ans. Moi, j'ai entendu un ticket modérateur à 5$. C'est zéro, vous êtes mieux de ne pas le faire. C'est de l'administration, ça coûte plus cher.

Le ticket modérateur, il va falloir que ce soit une approche intelligente. On ne veut pas empêcher les gens d'aller chez le médecin alors qu'ils en auraient besoin. D'un autre côté, on ne veut pas avoir d'abus.

 

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