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Les engrais: le nouveau champ de bataille
Photo: Reuters
BHP Billiton a offert 130$US par action de PotashCorp, une prime de 16% par rapport au prix de fermeture de lundi. Mais l'offre n'a pas du tout plu au numéro un mondial de l'engrais, dont le siège social est à Saskatoon.
BHP Billiton a offert 130$US par action de PotashCorp, une prime de 16% par rapport au prix de fermeture de lundi. Mais l'offre n'a pas du tout plu au numéro un mondial de l'engrais, dont le siège social est à Saskatoon.
«Je ne dis pas que nous sommes opposés à la vente. Ce que je dis, c'est que nous sommes opposés à un vol de la compagnie», a lancé le président et chef de la direction de PotashCorp, Bill Doyle, jugeant le prix offert «grossièrement inadéquat» et refusant toute discussion avec BHP tant que l'offre n'est pas bonifiée.
L'action de PotashCorp avait frôlé les 250$ il y a deux ans à peine, avant de dégringoler pendant la crise financière.
Le marché s'attend aussi clairement à une surenchère, soit de BHP, soit d'une entreprise concurrente. L'action de PotashCorp a bondi de 30,11$ ou 25,7% hier pour clôturer à 147,34$, donc significativement au-dessus du prix offert par BHP.
PotashCorp a aussi répliqué à l'offensive de BHP en adoptant une pilule empoisonnée, ou dragée toxique, en cas de prise de contrôle. La mesure, qui doit être approuvée par le TSX, permettrait d'émettre des actions supplémentaires aussitôt qu'un groupe annonce son intention d'acquérir plus de 20% des actions de l'entreprise.
La pilule empoisonnée vise aussi à donner le temps à PotashCorp d'étudier les offres qui pourraient venir.
Vers une vague de fusions et d'acquisitions
Avec la canadienne Agrium qui annonçait lundi qu'elle mijote une acquisition en Australie et les producteurs d'or qui s'achètent l'un l'autre à un rythme record depuis le début de l'année, l'offre de BHP sur PotashCorp fait dire aux analystes qu'après le calme de la crise financière, la saison de la chasse est repartie de plus belle dans le monde des ressources naturelles.
«C'est un phénomène qui risque de prendre beaucoup d'ampleur, confirme Mathieu d'Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins. Avant la crise, il y avait beaucoup de mouvement dans les matières premières, puis c'est tombé au neutre pendant la crise financière. Là, on sent que c'est en train de revenir. C'était déjà commencé dans certaines matières premières et ce matin, c'est plus clair que jamais.»
Le cas de PotashCorp, dont l'action végétait à la moitié de sa valeur d'il y a deux ans avant l'offre de BHP, illustre bien pourquoi les fusions et acquisitions sont intéressantes actuellement.
«BHP voit ça comme une bonne occasion», résume simplement M. D'Anjou, qui souligne que PotashCorp est loin d'être la seule aubaine sur le marché en ces temps d'instabilité boursière.
«L'autre chose, c'est que les compagnies sont assises sur des montagnes de liquidités, ajoute Stéfane Marion, économiste en chef à la Banque Nationale. La crise du crédit a amené énormément d'incertitude et les entreprises ont préféré monter des montagnes de liquidités et attendre. Mais à un moment donné, tu te dis que l'économie mondiale est encore en croissance et tu veux redéployer tes ressources.»
Ajoutez à cela des banques qui recommencent à prêter et vous avez toutes les conditions d'une nouvelle vague de fusions et acquisitions, et pas seulement dans les ressources naturelles, croit M. Marion.
«Toutes les compagnies dont les bénéfices dépendent de la vigueur de l'économie mondiale sont concernées», croit l'économiste.
Selon ses chiffres, il se fait environ pour 400 milliards US de fusions et acquisitions dans le monde actuellement chaque trimestre, un chiffre qui correspond aux niveaux de 2005 et qui est bien loin des 1300 milliards US atteints lors de l'euphorie de 2007.
«Compte tenu que l'économie mondiale continue de croître, qu'il y a beaucoup de liquidité dans le système et que les entreprises ont assaini leur bilan de façon très considérable pendant la crise, je pense qu'on est en droit de s'attendre à quelque chose d'un peu plus significatif au cours des prochains trimestres», prédit l'économiste.
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