Les grands enjeux commerciaux
Barack Obama l'a rappelé en entrevue à la CBC: «Nous dépendons largement du Canada, il y a un commerce quotidien de 1,5 milliard US par jour entre les deux pays et ce n'est dans l'intérêt de personne que ces échanges diminuent.»
Certes, le conflit du bois d'oeuvre a laissé des traces. Selon Carl Grenier, professeur associé à l'Université Laval et membre de l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, cela a miné le mécanisme de règlement des différends de l'ALENA.
Mais «la relation commerciale est dénuée de bien des irritants, affirme Raymond Chrétien, conseiller stratégique chez Fasken Martineau et ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis. Moins de 1% du commerce est problématique.»
Il existe tout de même des enjeux importants, certains plus urgents que d'autres, que les deux dirigeants doivent aborder, aujourd'hui ou plus tard, pour éviter d'éventuelles complications à cette saine relation.
Le protectionnisme et la «clause Buy America»
Le président Obama a voulu se faire rassurant dans son entrevue à la CBC en disant que les Canadiens «ne devraient pas être trop inquiétés» par la clause qui favorise les achats américains pour les dépenses publiques d'infrastructures. Carl Grenier rappelle que le Canada, qui ne s'est pas beaucoup engagé dans la libéralisation des dépenses publiques, n'a pas une bonne base pour se plaindre. «Mais la clause est inquiétante pour sa portée générale, dit M. Grenier. Elle lance un mauvais signal pour tout le monde.» «Il faut un travail de diplomatie pour éviter l'escalade», renchérit Pierre Martin, directeur de la chaire d'études politiques et économiques américaines (rattachée au CERIUM) et professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal. Pour Raymond Chrétien, un mot peut résumer ce que devrait être l'attitude canadienne face aux «inévitables poussées protectionnistes» du Congrès: «Vigilance!»
La frontière
Depuis septembre 2001, les Américains resserrent le contrôle à la frontière. Dès juin, ils exigeront désormais le passeport. Cela cause une augmentation de coûts qui nuit au commerce. C'est particulièrement le cas des entreprises qui ont une production intégrée (de chaque côté de la frontière), note Pierre Martin. S'il est important de garder la frontière fluide, soutient Raymond Chrétien, il pourrait être difficile de changer l'attitude de l'administration américaine dans ce dossier. «Politiquement, le président peut être attaqué par les républicains sur la question de la sécurité s'il assouplit les règles», dit Carl Grenier.
L'énergie et les sables bitumineux
Le Canada est déjà le premier fournisseur de pétrole des États-Unis, mais l'importante pollution causée par l'extraction du pétrole des sables bitumineux fait tiquer les écologistes américains. «Le président Obama est pris entre sa volonté de réduire les gaz à effet de serre et celle de disposer d'approvisionnements énergétiques sûrs, explique Pierre Martin. Il est très réaliste, dans le sens qu'il comprend la hiérarchie de l'intérêt national, qui penche d'abord du côté de l'indépendance énergétique. Mais il considère important que des progrès soient faits sur le plan de la réduction de l'empreinte écologique des sables bitumineux.»
Bois d'oeuvre
Malgré la conclusion d'une entente en 2006, le conflit du bois d'oeuvre ne s'est jamais vraiment terminé. Il y a quelques jours, une dizaine de sénateurs américains ont envoyé une lettre au président Obama, dans laquelle ils soutiennent que le Canada viole constamment le nouvel accord. L'accord tient toujours, mais encore là, «il faut rester vigilant», dit Raymond Chrétien.
L'automobile
La situation des grands constructeurs américains inquiète tant au Canada qu'aux États-Unis. Les deux gouvernements ont avantage à arrimer leurs plans respectifs pour sauver l'industrie. «Et le gouvernement canadien voudra s'assurer de la survie de l'industrie au pays, explique Benoît Durocher, économiste senior chez Desjardins. Le gouvernement ne veut pas voir une des entreprises retirer sa production en sol canadien pour favoriser ses usines américaines.»
L'ALENA
Très critique de l'ALENA durant sa campagne vers la présidence, Barack Obama est plus modéré aujourd'hui. «Lors de la visite du président mexicain à Washington, il ne semble pas que Barack Obama ait insisté sur une renégociation de l'accord», fait remarquer Raymond Chrétien. Le président voudrait toutefois donner plus de force aux accords de l'ALENA sur l'environnement et les droits des travailleurs, pour l'instant secondaires et sans effet.
Partager |
|
Tweet |
|
publicité
publicité
publicité
publicité










