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La nonne activiste célèbre dix ans d'actionnariat engagé

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Soeur Esther Champagne, fondatrice et présidente du RRSE.... (Photo André Pichette, La Presse)

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Photo André Pichette, La Presse

Soeur Esther Champagne, fondatrice et présidente du RRSE.

  • Stéphanie Grammond

    La Presse

Le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises fêtait son dixième anniversaire, hier. Le RRSE a fait sa marque en faisant reculer Québec dans le projet de centrale au gaz du Suroît. Mais au-delà de cette victoire, le groupe de 37 communautés religieuses a un long chapelet de succès à célébrer. Retour sur dix ans d'actionnariat engagé, contre le capitalisme enragé.

Sans manif, sans drapeau, ni pancarte, le RRSE influence les entreprises depuis maintenant 10 ans. Sa vocation: l'actionnariat engagé. Son credo: Ténacité, respect, patience.

«On ne lance pas des roches. Mais on ne lâche pas. Et c'est comme ça qu'on fait bouger les choses», affirme soeur Esther Champagne, présidente du Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE).

Le regroupement a été fondé en 1999, sur le modèle d'un organisme semblable au Canada anglais, qui se nomme aujourd'hui Kairos (Initiatives oecuméniques canadiennes pour la justice).

Le RRSE a triplé en 10 ans. Il rassemble désormais 37 communautés religieuses, huit organismes et 13 individus. Quant à la taille des actifs des membres, mystère... «Nous-mêmes, on ne le sait pas», répond soeur Champagne. Pour elle, ce n'est pas le poids économique qui compte, mais plutôt le poids social.

«On veut influencer les entreprises de manière à ce qu'elles assument de plus en plus leurs responsabilités sociales: le respect des droit humains, le souci de l'environnement, et la saine gérance, qui sont nos trois angles d'intervention», expose la soeur du Bon-Conseil de Montréal.

Le RRSE collabore avec des partenaires locaux et internationaux pour bâtir des dossiers «mur à mur». Ensuite, il contacte les responsables de l'entreprise pour amorcer un dialogue respectueux et proposer des solutions.

«On n'est pas tout-puissants. Mais on a une capacité, lente mais tenace, de persuasion progressive», assure soeur Champagne. «Quand je dis qu'il faut être tenace, c'est la moindre des qualités. Être têtue serait aussi bien», dit-elle, le sourire en coin.

C'est que les entreprises n'aiment pas se faire interpeller par les actionnaires minoritaires. Soeur Champagne a souvent l'impression que les dirigeants n'ont plus de téléphone, ni de courrier, ni d'internet.

Elle a patienté trois ans avant d'obtenir un retour d'appel d'Alcan. «On était ignoré... jusqu'au jour où on leur a dit qu'on irait à l'assemblée générale pour faire connaître notre point de vue. Croyez-le ou non, le téléphone a été réinstallé chez Alcan, blague soeur Champagne. Ils nous ont même donné un rendez-vous!»

La victoire du Suroît

Le RRSE a établi sa marque en faisant reculer Québec dans le projet de centrale au gaz du Suroît, en 2004.

En tant que détentrices d'obligations d'Hydro-Québec, les communautés religieuses se sont opposées au projet qui aurait entraîné une augmentation de 2,5% des gaz à effet de serre émis par la province, allant en l'encontre du protocole de Kyoto.

Le RRSE a déposé un mémoire à la Régie de l'énergie et est intervenu dans l'arène médiatique. «Mais on ne critiquait pas juste pour critiquer. On apportait aussi des solutions: de nouvelles sources d'énergie propres comme les éoliennes», rappelle soeur Champagne.

Le RRSE a gagné une première manche, quand la Régie a déclaré que le projet du Suroît pouvait être utile, mais il n'était pas nécessaire. «C'était ça qu'on attendait! Car Hydro-Québec disait qu'il n'y avait pas d'autres moyens de garantir la sécurité énergétique du Québec», se souvient soeur Champagne.

Mais il fallait attendre de voir ce que le gouvernement ferait de cette patate chaude. Un an plus tard, le premier ministre Jean Charest lançait un programme de développement des éoliennes, et mettait fin au projet du Suroît.

«Ma grande, grande joie, c'est quand j'ai entendu que le Suroît était mort!» dit soeur Champagne. Tous ceux qui avaient collaboré au dossier se sont réunis pour une fête agréablement arrosée. Avec du vin de messe? «Non, non, non, on sait boire! Je ne m'appelle pas Champagne pour rien!» répliquant du tac au tac à la boutade.

Un chapelet de succès

Si le Suroît a été son combat le plus médiatisé, le RRSE a mené bien d'autres luttes. Soeur Champagne récite le nom des sociétés où ses membres sont intervenus: Banque Nationale, Tembec, Abitibi-Consolidated, Esso, La Baie, Sears, Wal-Mart, Bombardier, Transcontinental, Barrick Gold, Talisman Energy...

Elle est particulièrement satisfaite du travail accompli avec Rona, en collaboration avec Bâtirente, le fonds de retraite des membres des syndicats de la CSN.

Le RRSE a réclamé l'aide du réseau de quincailleries pour protéger les forêts et bannir la coupe à blanc. «Ils auraient pu nous envoyer chez le diable. Mais non!» lance soeur Champagne. Au contraire, Rona s'est doté de la politique d'approvisionnement en produits forestiers «la plus rigoureuse du secteur de la rénovation en Amérique du Nord», selon Greenpeace.

La beauté de la chose, c'est que la décision de Rona aura un impact en amont, en forçant les sociétés forestières à s'adapter. «On est capable de protéger nos forêts, et l'environnement, par des moyens indirects, mais pas moins efficaces. C'est un exemple concret de notre implication dans la société», dit soeur Champagne.

Même principe pour le respect des droits humains. Le RRSE a demandé aux commerçants de cesser de faire appel à des sous-traitants étrangers qui utilisent des enfants comme main-d'oeuvre.

«La Baie a donné suite rapidement. Mais Sears n'a jamais rien voulu entendre. Ils auraient pu avoir une écoute, essayer de faire leur part», déplore soeur Champagne.

Malgré tout, les membres du RRSE n'ont pas vendu en bloc. «Même la compagnie la plus décevante, on ne retire pas toutes nos actions. La raison? Si on vend, on n'a plus de pouvoir pour les interpeller», explique la religieuse.

Et les actionnaires doivent rester engagés, ils doivent poser des questions. «Le bien commun n'existe pas pour la plupart des entreprises. Si on ne se mêle pas de la question économique, on va se faire avaler tout rond par les gens de la finance», insiste soeur Champagne.

Selon elle, la crise financière qui a secoué Wall Street est l'illustration même du «capitalisme enragé» qui découle de l'appât du gain, de la culture du «Me, Myself and I», au détriment de la recherche du bien commun.

Soeur Esther Champagne sur...

L'investissement responsable: «On est des investisseurs, on veut que ça rapporte. C'est prioritaire. Sinon, on laisserait l'argent dans nos bas de laine! Mais on ne veut pas ça que rapporte au détriment des conditions de vie des gens où l'entreprise est active.»

Le projet de centrale du Suroît: «Ça été l'occasion où la population du Québec s'est rendue compte que les communautés religieuses étaient capables de s'engager socialement en dehors de l'éducation ou des hôpitaux.»

La crise du crédit: «Pour moi, c'est la preuve que le libre marché n'est pas la seule source de la bonne santé de l'économie sociale.»

Le salaire des dirigeants d'entreprises: «Ça ne se peut pas qu'un individu gagne 400 fois plus que l'ouvrier de son usine. Il n'y a pas un gars qui vaut ça!»

Les nouvelles économiques: «J'ai toujours la même question fondamentale quand j'écoute les nouvelles économiques: à qui ça profite? Est-ce que ça profite aux plus petits ou aux plus gros qui en veulent encore plus?»

Tourisme sexuel: le RRSE interpelle les transporteurs aériens

Les investisseurs responsables s'attaquent cette année à un fléau mondial: l'exploitation sexuelle des enfants par des touristes étrangers.

Au Canada, le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE) a décidé d'interpeller trois transporteurs aériens, Air Transat, Air Canada et WestJet, dont ses membres sont actionnaires.

«On ne les accuse pas. Mais on leur demande: qu'est-ce que vous faites pour enrayer ce fléau? Vous êtes les moyens de transport qui favorisez le problème d'une certaine manière», dit la présidente du RRSE, Esther Champagne, soeur du Bon-Conseil.

À son avis, les transporteurs aériens pourraient faire leur part en sensibilisant leurs passagers. Par exemple, ils pourraient diffuser une vidéo à bord de leurs avions ou remettre de l'information au moment de l'achat du billet.

Concrètement, le RRSE croit que les transporteurs devraient prévenir les touristes des conséquences légales de leurs agissements à l'étranger, en précisant que la justice canadienne peut les rattraper, même à l'extérieur du pays, et leur imposer une peine d'emprisonnement.

Jusqu'ici, Air Canada et Transat ont offert leur collaboration au RRSE. «Le dialogue est en marche... mais il reste du chemin à faire», dit soeur Champagne.

Même si le RRSE n'attaque pas le problème du tourisme sexuel de front, soeur Champagne est certaine que l'offensive permettra de mieux protéger les enfants. «Moi, je pense que ça peut avoir un effet, dit-elle. Si les grandes compagnies aériennes utilisent leur poids, leur influence, auprès de leurs clients, c'est déjà un pas de plus. C'est mieux que de laisser faire.»

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